Biron, Richard
Shawinigan - Les fidèles de la paroisse Notre-Dame-de-la-Présentation
célèbrent la messe parmi les échafauds ces
temps-ci. Un peu comme c'était le cas de 1942 à 1955,
alors que l'artiste Ozias Leduc (1864-1955) enjolivait
de son pinceau les murs de l'église. Le chanoine Arthur Jacob
lui avait alors demandé de décorer le bâtiment
datant de 1924.
Intitulée La gloire divine, la plus grande des oeuvres de
l'église fait aujourd'hui l'objet d'une importante restauration.
D'une dimension de 32 pi sur 42 pi, cette impressionnante toile
marouflée qui orne le choeur du bâtiment se détache
graduellement. "La finition de plâtre se décolle
de la paroi et la toile suit", a expliqué France Saint-Amant,
coordonnatrice du Comité de protection des oeuvres d'Ozias
Leduc.
L'entreprise Legris Conservation a donc reçu le mandat de
rétablir l'adhérence de la toile de jute au mur. Elle
enlève des pans de l'oeuvre, découpés soigneusement
en suivant les motifs, et les transporte dans son atelier pour restauration.
"Certaines parties ondulées ont été apportées
au studio, a expliqué Anne Bourdon, restauratrice. Il faut
aplanir l'oeuvre en la chauffant et en l'humidifiant tranquillement."
Certaines portions de La gloire divine n'ont pas besoin d'être
détachées, même si elles commencent aussi à
se décoller du mur de béton. À l'aide d'une
seringue, les restaurateurs peuvent en effet les recoller délicatement
en injectant de la colle dans les poches d'air. Les couleurs doivent
parfois ensuite être retouchées, de la même manière
que le seront à l'occasion les joints entre les pans de toile
recollés.
Ces repiquages restent toutefois mineurs. "Notre code d'éthique
ne nous permet pas de refaire l'original, a précisé
Mme Bourdon. On ne fait que prendre soin de l'oeuvre." "Il
faut que ce qu'on fait soit réversible et puisse s'enlever
par la suite, a renchéri Annick Fleury, technicienne en restauration.
S'il y a une autre restauration dans cinquante ans, il faut que
le restaurateur puisse retrouver la toile initiale."
Sans que l'état de la toile ne soit catastrophique, il était
temps que l'opération s'effectue. "À certains
endroits, la toile était soufflée de presque un pied",
a constaté Mme Fleury. Quant aux autres peintures ornant
les murs de l'église, leur état ne nécessite
pas de travaux cette année. "Pour éviter de trop
manipuler les toiles, on ne fait une restauration que lorsque c'est
nécessaire", a expliqué Mme Saint-Amant.
Une opération de 69 000 $
L'opération, qui a débuté le 8 mars et doit
durer de 4 à 6 semaines, coûtera au total quelque 69
000 $. Le coût des travaux de restauration à proprement
parler s'élève à environ 33 000 $, tandis que
25 000 $ devront être déboursés pour la location
des échafaudages. Près de 11 000 $ seront consacrés
à des améliorations du système de ventilation,
qui sont propices à une meilleure conservation future des
oeuvres.
Bien sûr, les travaux d'aération restent relativement
limités étant donné le budget disponible.
"On veut simplement s'assurer qu'il y a un échange
d'air", a expliqué Mme Saint-Amant. Des bouches d'aération
seront notamment débloquées et un grand ventilateur
sera remis en fonction.
Les travaux sont financés à 85 pour cent par la Fondation
du patrimoine religieux, grâce à une subvention obtenue
avec le concours du ministère de la Culture et des Communications
du Québec.
Située dans le secteur Shawinigan-Sud, l'église Notre-Dame-de-la-Présentation
est la dernière décorée par celui que les spécialistes
considèrent comme le plus grand peintre religieux québécois.
"Nous souhaitons refaire une
beauté à l'église pour les deux expositions
qui seront présentées cet été",
a indiqué Mme Saint-Amant.
Du 5 juin au 26 septembre, le lieu de culte shawiniganais accueillera
en effet une collection de pièces de céramique datant
de la fin du XIXe siècle ainsi que des oeuvres majeures de
la collection de la compagnie d'assurances L'Union vie.
Des toiles de Riopelle, McEwan, Duguay et plusieurs autres pourront
alors être contemplées par le public.
© 2004 Le Nouvelliste. Tous droits réservés. |